Interview Marie Pierre

Interview

Rencontre avec Marie-Pierre, infirmière au sein du service de soins de suite et de réadaptation à l’hôpital de Pau

« L’hôpital est le reflet de l’évolution de la France », ce sont les mots de Marie-Pierre Verdot, infirmière en activité depuis 1993. À travers ces paroles, elle exprime comment, dans le milieu médical, et notamment dans le métier d’infirmière, l’évolution depuis 30 ans est fortement visible et reflète la France, notamment au niveau de la prise en charge et des soins.

Quels sont les principaux défis à relever dans ce métier ?

Un des défis à relever pour moi, c’est de garder la personne malade au centre du soin, de la reconnaître en tant que personne. De maintenir une qualité d’écoute, de présence, alors que le temps manque et que le nombre de personnels diminue.

Comment les relations avec les patients ont-elles évolué ?

Quand j’ai commencé, et encore aujourd’hui, je remarque que les patients remettent beaucoup en question notre travail et notre façon de travailler.

Il y a beaucoup de… comment dire ? Oui, même en tant que professionnels, ils nous remettent vraiment en question. Dans notre façon de les prendre en charge, ils discutent tout ce qu’on dit. Ce n’est pas que je sois contre, je suis pour la discussion et pour que le patient soit au centre, mais on a beaucoup de mal à faire respecter les protocoles. Beaucoup nous disent que nous sommes payés pour prodiguer les soins, que c’est comme ça et qu’on n’a pas le choix.

Quelles sont les difficultés dans votre service ?

Il y a beaucoup de problèmes concernant le devenir des patients et beaucoup de solitude. Il y a énormément de difficultés à organiser des retours à domicile avec des aides adaptées. De plus, il y a de plus en plus de dérogations demandées pour des patients jeunes ou des patients qui ne peuvent pas rentrer chez eux et qui doivent intégrer des structures de long séjour.

Quelles sont les principales évolutions que vous avez observées dans la prise encharge des patients au cours de ces 30 dernières années ?

L’évolution de l’administration des thérapeutiques, l’utilisation de pompes, tout cela est incroyable. La technique a énormément progressé, et les prothèses sont de plus en plus performantes.

Par exemple, à l’hôpital de Pau, il y a une prise en charge précoce des AVC. Cela signifie qu’au niveau technique, nous arrivons à sauver de plus en plus de patients grâce aux avancées médicales.

Quelles sont, selon vous, les plus grandes améliorations en matière de qualité des soins ?

L’utilisation du protocole du MEOPA, par exemple. Ce dispositif permet des anesthésies très légères, ce qui permet d’effectuer des soins normalement très douloureux de manière presque indolore. J’ai remarqué que les patients sont plus détendus et plus réceptifs, ce qui leur permet de mieux récupérer.

Quel impact les avancées techniques et la technologie ont-elles sur les patients et leur prise en charge ?

Je trouve qu’à une époque où tout est technologique, jamais l’humain n’a été aussi seul, jamais les gens n’ont été si peu respectés en tant qu’individus.

Les avancées techniques permettent de sauver de plus en plus de patients, mais paradoxalement, cela complique la prise en charge. Par exemple, nous pouvons sauver des personnes après un AVC, mais elles gardent des séquelles.

Avez-vous observé des changements au niveau du personnel et du matériel utilisé ?

En 1993, quand j’ai commencé à travailler, il y avait plus de personnel et plus de matériel. Aujourd’hui, il y en a beaucoup moins. On nous demande d’économiser, que ce soit au niveau du matériel ou du personnel.

En rééducation, il manque du personnel, notamment des kinés et des orthophonistes. Il n’y en a que deux pour tout l’hôpital. Bien que le personnel présent fasse son maximum, cela entraîne des listes d’attente et des patients qui ne bénéficient pas de séances de kiné tous les jours de la semaine, ce qui impacte leur récupération.

Quels défis restent encore à relever ?

Un des défis serait de mettre en place des structures adaptées à cette nouvelle réalité et de désengorger les services de soins de suite. Par exemple, au sein de mon service, les patients devraient rester au maximum trois fois trois semaines, mais certains restent parfois jusqu’à un an en raison de problèmes sociaux. Ce serait intéressant de réfléchir à la mise en place de structures adaptées pour ces patients.

Pourquoi être restée dans ce service depuis tant d’années ?

Dans le service de soins de suite, le malade et sa famille ont toujours été au centre du soin. C’est une philosophie que ma première cheffe de service nous a insufflée et qui se transmet de soignant en soignant. C’est pour cela que je suis restée dans ce service depuis 30 ans.

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